LINDA TCHATCHOUA : Serial Entrepreneur

“Avez-vous dejà vu un lion qui est blessé et qui ne se relève pas ? […] En 2014, j’ai commencé avec 8 employés, j’en ai désormais 153.”

Contrôle d’identité, s’il vous plaît ?
Tchatchoua Suzanne Linda, Camerounaise, cheffe d’entreprise aux multiples casquettes et à la tête de 6 entreprises :
J’en ai fondée 4 d’entre elles :
– Safari Logistics une entreprise de transit, transport et logistique.
– Mahaza Beauty qui est un institut de bien-être. C’est une chaîne qui se compose de 4 structures au Cameroun, 2 à Douala et 2 à
Yaoundé, et dont je viens de lancer les franchises.
– Mahaza Luxury Interior Design & BTP : Décoration d’intérieur, construction, aménagement et design de bureaux ou de maisons.
– Safari Quickly qui est un service de livraison express de petits
matériels (courriers, documents, objets…)
Je suis co-associée dans 2 autres :
– An’li (contraction de Anne et Linda), une boulangerie dans le 17ème arrondissement de Paris (67 avenue Laugier). C’est l’histoire d’Anne, une jeune Camerounaise très professionnelle, passionnée de pâtisserie et que j’ai décidé d’accompagner dans son aventure entrepreneuriale.
– Mamour, une production de jus 100% naturels. Pour cette activité, j’ai choisi de rejoindre un entrepreneur qui s’appelle Germain.
Ce sont des jus faits avec amour, sortis tout droit des plantations à Loum, dans l’Ouest du Cameroun dont je suis originaire.

“ Peu importe les difficultés, le Cameroun est et restera mon pays.”

Revenons sur votre parcours. vous avez eu la trajectoire d’un phoenix avec plusieurs vies entrepreneuriales… Quelle a été votre capacité de rebond pour être aujourd’hui à la tête de ces 6 entreprises ?
Pour parler de mon rebond, il faut déjà que je vous évoque ma base. J’ai fait 15 ans à l’extérieur du Cameroun et je suis revenue à l’âge de 34-35 ans. J’adore l’entrepreneuriat et j’ai toujours eu cette envie de créer. Lorsque que je mets sur pieds un projet, mon objectif est qu’il soit parmis ce qui se fait de mieux au Cameroun. Je chérie l’ambition de pouvoir me développer, avant mes 50 ans, dans l’Afrique Centrale et même au-delà. Pour revenir sur mon parcours, je suis rentrée au Cameroun en 2013. J’ai travaillé dans une entreprise familiale pendant 6 mois mais cela ne s’est pas bien passé. Je suis très perfectionniste, j’aime les choses bien faites et, dans le cas présent, chacun faisait un peu ce qu’il voulait. Je décide alors de me mettre à mon propre compte. Je m’installe alors dans un petit bureau à Bali (quartier de Douala) et je crée mon entreprise de transit. Tu es nouvelle, tu sors de l’Occident, et là… C’est peau de banane sur peau de banane !
Je me retrouve avec une montagne de crédits et de nombreux problèmes financiers. Je n’ai pas pu tout bien gérer et je n’avais pas encore intégré les rouages du Cameroun. Beaucoup de gens de ma famille ont tenté de me décourager en me conseillant de rentrer en France ou aux États-Unis, loin des maux de tête du Cameroun. J’ai alors demandé : “Avez-vous dejà vu un lion qui est blessé et qui ne se relève pas ?” J’ai décidé de ne pas écouter mon entourage, j’ai pleuré, j’ai beaucoup prié, je me suis remise en question et j’ai continué à croire en moi. Nelson Mandela a fait des années de prison jusqu’à devenir Président de son pays parce qu’il a cru en lui.
Je suis partie d’une entreprise, en 2014, qui avait mal débuté… à 6 entreprises, en 2023. Mon rebond s’explique par la résilience, la détermination et ma rage de vouloir réussir.

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Si vous deviez citer 3 adjectifs pour vous qualifier ?
Il y a les qualités innées et celles qu’on l’on acquiert tout au long du parcours. Je pense être visionnaire, mais je suis née avec, c’est dans mon ADN. On dit souvent de moi que je suis résiliente, mais j’ai appris à le devenir. Dernière chose, j’ai une joie de vivre qui déborde, ce qui fait que les coups bas peuvent difficilement m’affecter.

“ On pourra toujours essayer de te casser, te décourager, te désorienter, tant que tu restes fidèle à tes convictions profondes, tout ira pour le mieux.”

Cette édition célèbre la « Black Excellence ». Que vous évoque cette expression ?
Je suis et je vis « Black Excellence ». Je pense à ma mère, cette femme qui est ma seule icône de réussite. Elle a plus de 70 ans et travaille toujours comme si elle en avait 50. Elle voyage à travers le monde et continue de gérer ses affaires. Je lui dois ma force et ma joie de vivre. Cette expression me fait également penser à tous ces jeunes entrepreneurs noirs qui réussissent sur le continent africain.

Nous sommes à l’heure du « woman empowerment ». Un message pour les femmes qui vont vous lire ?
Je parlerais tout d’abord aux hommes. En 2023, si vous ne comprenez toujours pas l’importance de la place de la femme dans la société, alors vous êtes loin du compte. Quant aux femmes, je leur conseillerais tout simplement de croire en elles et d’être déterminées. Il n’y a pas d’autre condition. On pourra toujours essayer de te casser, te décourager, te désorienter, tant que tu restes fidèle à tes convictions profondes, tout ira pour le mieux. Ne te demande pas si tu vas y arriver, dis-toi simplement que TU VAS Y ARRIVER. Mesdames, votre seule limite c’est vous-même ! Ne comptez ni sur votre mari, ni sur votre papa. Demain, si votre époux rencontre un problème de santé et devient handicapé, tout votre monde doit-il s’écrouler ? Je le répète, vous êtes votre seule limite et aucun homme ne peut éteindre votre lumière.

Que représente le Cameroun pour vous ?
J’adore le Cameroun. Je suis très attachée à mon pays, bien qu’il s’agisse d’un champ de bataille où le relationnel joue énormément et où il n’y a de place que pour les forts. Nous travaillons justement pour qu’il y ait de la place pour tout le monde, dans les années à venir. Pour que la génération de ma fille puisse vivre dans un meilleur Cameroun.

Si je vous dis le mot « Roots » (racines), vous me répondez ?
L’esclavage. Kunta Kinté.