KEVIN MUKUNA : Fondateur de KIN LA BELLE

Contrôle d’identité, s’il vous plaît ?
Kevin Mukuna, 33 ans, originaire du Congo RDC et créateur de la marque Kin La Belle.

Peux-tu nous expliquer la genèse de Kin La Belle ?
L’ADN de la marque vient de plusieurs influences et est forcément lié à mes origines. Il y a 15 ans, en sortant du lycée, j’avais l’ambition de lancer une activité en rapport avec le Congo, mais c’était très confus. Je souhaitais mettre en avant le pays, que ce soit par ses coutumes, ses paysages, son peuple… Ma première idée était de partager nos endroits de rêve car je trouvais que la seule image que l’on retrouvait du Congo dans les médias était celle de la guerre ou de la famine, notamment avec ce qui se passe à l’Est.
Je ne voulais pas du tout le nier car c’est quelque chose que les gens subissent encore aujourd’hui et il faudrait faire encore plus de bruit par rapport à cette situation, mais mon ambition était vraiment de valoriser le Congo en montrant ce qu’il avait de plus beau à offrir, à savoir nos paysages et notre culture. L’idée était de donner un peu plus envie aux gens de se dire que, si je veux visiter un endroit de rêve ou voir des plages paradisiaques, je peux aller en RDC.
Tout ceci est resté à l’état de projet car je trouvais mon ambition certes noble mais il y avait beaucoup de personnes qui le faisaient déjà et certainement mieux que moi.
J’avais 18 ans, j’ai laissé un peu tout cela de côté et je me suis concentré sur mes études : DUT, puis école de commerce… Je suis entré dans la vie active et j’ai commencé à mettre de côté « au cas où ».
Au rayon musique, j’écoutais beaucoup ce qui se passait côté US et, à la maison, les parents passaient beaucoup de Koffi, Papa Wemba, Viva la Musica… À cette époque, au rayon musique congolaise, je n’étais pas un grand fan de la rumba et des musiques collé-serré, j’étais davantage dans les makelele, les bruits, les génériques où ça tapait les pas de danse (rires). À ce moment, je me demande comment redonner vie à mon envie de mettre en avant la culture congolaise. Je ré-écoute alors l’album de Damso « Ipséité » et je prends une claque ! Son morceau « Kin La Belle » m’a touché à un point inexplicable. Je me rends compte que le morceau me parle totalement et cela m’inspire à créer une marque qui s’appellerait « Kin La Belle ».
Quand je parlais d’influences multiples, il y a également eu l’exposition Congo Kitoko, en 2017, qui m’a été une énorme révélation. Je suis resté jusqu’à la fermeture. Je me suis dit : « On a des artistes peintres qui font des expos partout dans le monde et nous (le grand public congolais) ne sommes pas au courant. Je suis sûr que la grande majorité de la diaspora ne connaît pas ces artistes. » Et, comme eux, à travers ma marque de vêtement, pourquoi ne pas raconter les histoires du Congo ?
C’est tout cela qui a nourri la genèse de Kin La Belle.

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L’idée était donc de prendre les figures l iconiques du Congo et de mixer tout cela à la sauce Kin La Belle ?
Exactement. Parmi nos visuels forts, nous avons : Mohamed Ali par rapport à son combat à Kinshasa, le Sapeur, nous avons aussi la femme africaine que je voulais mettre en avant… L’idée était d’envoyer quelque chose qui parle au public congolais, mais pas que, à toute l’Afrique, un peu comme notre musique. J’ai voulu partir sur des figures fortes de notre culture et les représenter sous forme de peinture, en clin d’oeil à cette exposition que j’avais vue à la fondation Cartier. L’idée était de mixer textile et œuvre d’art afin d’interpeller et que les gens aient cette curiosité de savoir qui sont les personnalités que nous mettons en avant.

Originaire de la RDC, que cela représente-t-il pour vous, au-delà de votre marque ?
Très bonne question. Cela peut paraître étrange, mais je n’y suis allé qu’une fois. J’étais tout petit et j’en garde pourtant des souvenirs. J’avais seulement 4 ans mais cela m’est resté dans la tête. Je me souviens d’être allé manger des mikates (beignets) en pleine rue avec une tante. Je n’ai pas les mots pour le retranscrire. J’avais été marqué par le bruit, le goût, tout. Je me rappelle qu’on était chez ma grand-mère et une de mes tanties nous avaient mis sur une table et fait danser avec mon petit frère, sur des sons à l’ancienne. Plein de petits flashs comme cela. J’ai donc une attache familiale, une attache nostalgique, mais on va remédier à tout cela rapidement car je projette d’y aller notamment pour faire des shootings.

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Avec un budget illimité, qui serait votre égérie parfaite ?
Côté femme, je dirais Didi Stone. Elle représente le charme de la femme congolaise. Côté homme, il y a pas mal de candidats mais je vais aller chercher chez la jeune génération et je dirais Tiakola.

Quels sont vos produits phares et vos nouveautés ?
Parmi tous nos modèles, les best-sellers sont le t-shirt ou hoodie « REINE » en hommage à la femme africaine – pour les hommes ou pour les femmes – et le « Mohamed Ali », que ce soit le « Ali Bomaye » ou le « Ali classique », les deux fonctionnent très bien. Pour les nouveautés, nous avons sorti une collection autour d’un artiste congolais incontournable : Fally. Je vous invite à découvrir tout notre univers sur instagram
@kinlabellebrand.

Comment se procurer vos pièces ?
Vous pouvez nous retrouver sur www.kin-la-belle.com
Nous sommes très présents sur de nombreux salons. La prochaine étape est de faire des pop-up stores sur Paris pour recevoir notre public et, par la suite, avoir un réseau de distribution à Kinshasa, car il est important d’être présent en local. Nous rechercherons donc des représentants ou distributeurs en RDC.

Si je vous dis « Roots », l’image qui vous vient à l’esprit ?
Une scène à Kinshasa, vivante, sur un marché. On appelle cela « zando » chez nous. Je vois quelque chose qui symbolise la vie, la joie de vivre et le fait d’être tous ensemble.

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