JOHN DIÉMÉ : Co-fondateur de GROOMER’S

« L’architecture, l’âme, tout a été fait avec stratégie. » 

Contrôle d’identité, s’il vous plaît ?

Diemé John, mais tout le monde dans la rue m’appelle Sycap, en clin d’œil au nom de mon quartier au Sénégal. J’ai 33 ans, je suis un jeune entrepreneur à la tête d’une holding qui s’appelle Afropean Retail Group et qui pilote la chaîne de barbershops Groomer’s.

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Racontez-nous votre parcours d’entrepreneur jusqu’à la création de la chaine de barbershops Groomer’s ?

Entrepreneur depuis que j’ai 3 ans, débrouillard dans la rue, j’ai commencé mon apprentissage de la vraie vie entrepreneuriale en 2009 en suivant mon cousin Youssouf qui venait d’ouvrir un restaurant sénégalais. J’ai longuement observé, puis je me suis lancé dans le grand bain en créant mon agence de modèles : Lixya Agency. À cette époque, nous avons fait un bon buzz et l’idée était de mettre en avant les femmes afrocaribéennes, notamment, avec leurs formes et dans toute leur diversité.  Par la suite, j’ai récupéré un salon de coiffure mixte à Aulnay où j’ai d’ailleurs fait travailler les filles de mon agence. Ensuite, nous avons ouvert un salon de coiffure femme dans Paris : Maridié by Lixya. C’était l’un des plus beaux salons afro de la communauté et un lieu de rencontres. Nous y avons réalisé de nombreux évènements, notamment des cocktails du magazine ROOTS. Nous voulions créer des synergies au sein de la diaspora. Avec un frère, Sambou Sissoko, nous avons réfléchi à ouvrir un barbershop pour homme et avons créé 235th Barber Street. Ce premier barber que nous avons ouvert dans le 19ème arrondissement a fait un véritable boom dans Paris ! Nous en avons d’ailleurs inspiré plus d’un puisque de nombreux autres ont voulu se lancer dans le même créneau. Au départ, nous faisions plus de 100 clients par jour, je vous laisse imaginer. À un moment donné, ma vision du développement a commencé à diverger avec le co-fondateur et il est dur de cohabiter avec deux capitaines dans un même bateau ne partageant pas la même vision.  J’ai cédé mes parts à Sambou, et j’ai décidé de monter une autre chaine de barbers, avec mes propres convictions, valeurs et plans de développement. J’ai donc fermé Maridié, cédé 235th Barber Street et j’ai décidé de tout re-structurer. Je me suis associé avec de jeunes entrepreneurs dont Boniface N’Cho, qui venait de monter sa société de conseil. Nous avions la même vision et avons tous ensemble décidé de créer notre holding : Afropean Retail Group, élaborateur de concepts et distributeur de produits. C’est ainsi qu’est né Groomer’s Barbershop. Nous en avons aujourd’hui 3 : Saint-Denis (93), Arcueil (94) et Paris (2ème arrondissement).

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Avec le 235th Barber, puis Groomer’s, vous avez lancé le boom des barbershops « hype » sur Paris. Comment faites-vous pour vous démarquer de la concurrence ?

On se démarque tout simplement parce que nous sommes les précurseurs de ce mouvement. Nous avons approfondi notre réflexion au maximum avant de nous lancer, alors que les autres ne se mettent dedans que par opportunisme, pensant qu’il suffit juste d’avoir un local et des fonds pour qu’un barber naisse et fonctionne. L’architecture, l’âme, tout a été fait avec stratégie. Par exemple, si tu regardes la déco du Groomer’s de Saint-Denis, il y a plein de codes qui nous rappelle d’où on vient : la rue. Il y a une cage, pour symboliser la prison, il y a des alarmes, pour nous rappeler que l’on doit se réveiller, il y a ce bois et ces couleurs marron pour symboliser que c’est fait pour nous, par nous. Et tout cela en utilisant des matériaux et mobiliers de grand standing. Tout est pensé, rien n’est laissé au hasard. Par exemple, nos coiffeurs, pour la plupart, ne sont pas des coiffeurs de métier. Ce sont des jeunes de quartiers que nous avons pris, formé aux côté des meilleurs et éduqué à notre état d’esprit Groomer’s. Nous sommes une véritable famille et cela se ressent dans le très faible turnover de nos coiffeurs, là où d’autres salons sont constamment en déficit de personnel qualifié.

Que représente le Sénégal pour vous ?

La dernière fois que j’y suis allé, c’était en 2007. Je me suis promis que j’y reviendrai pour construire. Cela fait 10 ans que je ne suis pas parti en vacances, que je me sacrifie au travail et je compte bien tenir ma promesse. Je prends des nouvelles, je sais que le pays se développe, et tout sera prêt quand j’arriverai. Je me concentre pour construire quelque chose de solide à Paris pour débarquer au Sénégal en étant crédible, en ayant un véritable poids et pour évidemment y développer Groomer’s. Quand tu veux faire bouger les choses avec les poches vides, personne ne va t’écouter. Si tu arrives avec un empire derrière toi, ce n’est plus la même histoire… Mais au-delà du Sénégal, c’est toute l’Afrique que je porte dans mon cœur. Je n’oublie pas que ce sont les Européens qui ont dessiné nos frontières, nous sommes avant tout des Africains.

Si je vous dis le mot “ROOTS”, cela vous évoque quoi ?

Ça m’évoque moi, tout simplement. C’est ce que je suis. Quand je vois le travail qui est fait dans le magazine, la vision, la qualité, j’y vois notre nouvelle génération.