LA SAPE : Patrimoine national

Plus largement désignée sous le nom de « sapologie », la SAPE est un mouvement d’identité vestimentaire qui détourne et réinvente depuis plus de 100 ans les codes de la mode parisienne.
Dans les années 1920, les autorités coloniales belges ou françaises effectuaient des contrôles policiers sur les accoutrements vestimentaires… Les “sapeurs” immigrés en Europe aimaient ne pas se “faire discrets” (ce que les sociétés occidentales leur demandaient),
ce qui a forgé en eux un dévouement, un
acharnement à perpétuer leur style.
Un style parfois incompris : un assemblage de couleurs inspirées des « dandys anglais », des chaps avec une touche d’extravagance savamment dosée qui, pour certains, était non harmonieux mais pour eux totalement élaboré et voulu coloré de la sorte.
La sape n’est pas seulement une histoire de mode, c’est également des codes de savoir-être et une conscience politique.
N’est pas sapeur qui veut.
Les sapeurs se distinguent autant par leur style que par leurs idéaux.
Jamais simple mais toujours humble, la soif de vouloir s’affirmer et se démarquer : voilà ce qui représente le sapeur !

L’inventeur du mot « SAPE » serait Christian Loubaki, homme à tout faire du 16e arrondissement de Paris, qui aurait observé ses employeurs s’habiller, et profité des vieux vêtements qu’ils lui offraient.
On distingue deux types de sapeurs : ceux qui font référence à Christian Loubaki avec les codes du dandysme bourgeois du XIXe et du début du XXe siècle, et ceux que Ley Mamadou décrivait dans les années 1983-84 et qui appartiennent à la Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes.
Tandis que certains voient plus le mouvement comme une religion ou une idéologie à part entière, d’autres le voit comme du folklore ou une façon ridicule de s’exhiber avec des tenues parfois aussi extravagantes que hors de prix.
La philosophie de la sape s’accompagne de dix commandements fondamentaux qui régissent le comportement des sapologues et résument leurs valeurs :
1er commandement : Tu saperas sur Terre avec les humains et au Ciel avec ton Dieu créateur.
2e commandement : Tu materas les ngayas (non connaisseurs), les nbéndés (ignorants), les
tindongos (les parleurs sans but) sur terre, sous terre, en mer et dans les cieux.
3e commandement : Tu honoreras la sapologie en tout lieu.
4e commandement : Les voies de la sapologie sont impénétrables à tout sapologue ne connaissant pas la règle de trois, la trilogie des couleurs achevées et inachevées.
5e commandement : Tu ne cèderas pas.
6e commandement : Tu adopteras une hygiène vestimentaire et corporelle très rigoureuse.
7e commandement : Tu ne seras ni tribaliste, ni nationaliste, ni raciste, ni discriminatoire.
8e commandement : Tu ne seras pas violent ni insolent.
9e commandement : Tu obéiras aux préceptes de civilité des sapologues et au respect des 
anciens.
10e commandement : De par ta prière et tes 10 commandements, toi sapologue, tu coloniseras les peuples sapophobes. 


Bien que la sape soit née au Congo (RDC et Brazzaville), les deux pays ont tout deux des façons bien à eux de lui rendre hommage.

En RDC, chaque année, on célèbre chaque 10 février la grande joute vestimentaire de sapologues dans les rues de Kinshasa, capitale de la RD Congo. Une sorte de défilé où on exhibe son style avec fierté.

À Brazzaville, le quartier appelé « Bacongo » et son avenue «Matsoua » sont synonymes du « fief » de la sapologie brazzavilloise. Les jeunes viennent de partout pour montrer leur capacité à marier les couleurs et l’élégance.
Aujourd’hui, la plus grande partie des « sapeurs » se trouve à Paris, dans le 18e arrondissement, quartier Château Rouge. C’est ici que, mêlés aux aliments africains, aux restaurants exotiques et vendeuses en tout genre, nos sapeurs ont établi leur « résidence ».

Par Shaïna Litho
Édition ROOTS n°20 – Spécial Kongo

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