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GRAND-BASSAM : Un an après le drame

Rencontre avec Frédérique, le petit-fils du propriétaire de l’hôtel-restaurant l’Etoile du Sud à Grand-Bassam, l’un des endroits qui a connu la tragédie de Grand-Bassam. Frédérique était présent sur les lieux le jour du drame et revient avec nous sur ce triste jour et cet anniversaire dont la Côte d’ivoire se serait bien passé. Le bilan officiel fut glacial avec 19 victimes (16 civils + 3 militaires) de 6 nationalités différentes (10 Ivoiriens, 4 Français, 2 Libanais, 1 Nigérian, 1 Allemande et 1 Macédonienne).

Revenons sur ce jour du 13 mars 2016 où tu étais en service à l’hôtel l’Étoile du Sud…
C’était un week-end. Tous les Abidjanais, les vacanciers aiment venir à la plage. J’ai effectivement assisté à toute la scène, mais au départ, tout était flou. Lorsque j’ai aperçu les premiers assaillants, j’ai d’abord cru à des braqueurs, car c’était la saison des «microbes» (enfants délinquants des rues) qui sévissait. Quelques minutes après, on a vu la foule se précipiter. Tout le monde criait ! Tout le monde tremblait ! Les gens hurlaient que des hommes armés étaient en train de tirer sur les passants. Je travaillais à ce moment au bar de l’hôtel et, avec mes collègues, nous avons alors décidé de cacher les clients de l’hôtel. On s’est caché dans l’une des chambres de l’hôtel et j’ai alors regardé par la fenêtre pour comprendre ce qui se passait exactement sur la plage. J’ai vu les tireurs s’avancer mais aucun ne touchait les sacs abandonnés par les clients, j’ai alors compris que ce n’était pas une équipe de braqueurs. Au départ, tu ne peux pas penser à une attaque terroriste. Lorsque l’on a vu nos militaires intervenir, on a alors compris qu’il s’agissait d’une attaque terroriste. On est resté caché pendant un peu moins d’une heure. C’était terrifiant, comme s’ils cherchaient des proies et lorsqu’ils voyaient des gens à la peau blanche, ils tiraient !
Le restaurant voisin du nôtre a connu un carnage puisqu’ils ont rafalé les plagistes et plusieurs touristes qui n’avaient pas eu le temps de réaliser ce qu’il se passait.

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Une scène a beaucoup tourné sur les réseaux sociaux. On voyait toute la foule de votre hôtel courir et un vieil homme s’est alors réfugié derrière le comptoir de votre restaurant avant d’être abattu par un djihadiste, face à la camera…
C’était un client fidèle, très respectueux. C’était la panique, et au lieu de nous suivre, il a préféré se cacher seul, et malheureusement… C’était son jour. Il a voulu se cacher derrière le comptoir du bar où je travaillais… Moi-même, l’idée m’avait traversé l’esprit. Mais j’ai finalement opté pour un refuge dans les chambres de l’hôtel, avec un maximum de clients. Et la suite pour ce monsieur a été tragique puisqu’il s’est fait abattre à peine quelques minutes après.

Comment l’as-tu vécu personnellement ?
Les premiers jours, je ne pouvais pas dormir. Je revoyais le visage de cet occidental sexagénaire décédé, j’entendais les hurlements, les coups de feu pendant mon sommeil. Mais j’ai survécu donc je n’ai pas le droit de me plaindre.

Quelles ont été les répercussions pour Bassam ?
Le tourisme a pris une claque. Pendant les 3-4 mois qui ont suivi, la plage était vraiment désertée. Nous avons alors misé à fond sur la communication, l’État nous a apporté du soutien, et la fréquentation a repris son rythme quasi normal aujourd’hui.

Vous avez pris de nouvelles mesures en matière de sécurité ?
Oui bien sûr, mais le gros du travail doit venir de l’État. Bassam est un grand vivier du tourisme pour la Côte d’ivoire, et c’est leur mission de sécuriser au maximum ces vacanciers. Il y a besoin de voir plus de patrouilles de police ou de l’armée pour rassurer davantage.

Si tu avais un message à adresser à nos lecteurs ?
Comme dit le slogan : “ Je suis Bassam ! ”. Il y a un beau soleil, une magnifique plage. Cette sombre histoire est derrière nous, nous rendons hommage à ces victimes et regardons l’avenir avec confiance et sérénité !

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Par Michael Kamdem
Édition : ROOTS n°19