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DAVID MONSOH : Boss de l’entertainment

Contrôle d’identité, s’il vous plaît ?
Je suis David Monsoh, producteur de musique, d’origine
ivoirienne. Aujourd’hui, je suis co-fondateur de la chaîne Be Black diffusée en Europe, en Afrique et qui sera disponible aux Etats-Unis, à partir de juillet 2017.
Je me considère comme le fondateur du coupé-décalé. J’ai lancé énormément de chanteurs, aujourd‘hui reconnus, comme DJ Arafat, Gadji Céli, Joelle Séka, Koffi Olomidé, Fally Ipupa, Ferré Gola et j’en passe.
Aujourd’hui, je produis Héritier Watanabe, un artiste congolais qui sera en concert à l’Olympia le 15 juillet 2017.

Comment s’est construite votre trajectoire professionnelle ?
Je n’étais pas prédestiné à la musique. Après mon BTS Tourisme, j’ai rencontré l’artiste Gadji Céli qui arrêtait le football, après la coupe d’Afrique en 1992, et voulait s’orienter vers la musique.
À l’époque, il faisait des singles en hommage aux Éléphants de la Côte d’Ivoire.
Dès qu’il a gagné la coupe d’Afrique, nous avons rassemblé tous ses singles pour en faire un best of.
Il m’a alors demandé d’être le co-producteur de son album « King Solo » qui a été vendu à plus de 100 000 exemplaires et j’étais en même temps son manager.
C’est comme cela que je suis arrivé dans la musique.
Par la suite, j’ai rencontré Gilles Obringer qui travaillait à RFI dans l’émission couleur tropicale qui a été repris par Claudy. Nous sommes allés le voir pour la promotion de l’album de Gadji Céli qui était très connu grâce au foot.
Gilles Obringer m’a alors présenté le propriétaire de la maison de disque SonoDisc, qui serait aujourd’hui l’équivalent d’Universal pour les Africains. Il détenait les artistes africains du moment, qui venaient du Cameroun, Congo, Afrique du Sud et même Maghreb. Il distribuait leurs albums et était, en même temps, producteur.
Par la suite, il m’a demandé d’être directeur artistique. J’étais le premier Africain chez SonoDisc.
J’ai alors fait venir des artistes comme Kassav, Jocelyne Labylle…
Ensuite, il y a eu les autres stars comme Papa Wemba ou Koffi Olomide qui sont arrivées.
En 1999, je suis allé en vacances en Côte d’Ivoire et je suis revenu en France avec un CD du groupe Magic System : « 1er Gaou », qui cartonnait déjà au niveau de l’Afrique. J’ai donc pris la licence au niveau de la France pour le faire sortir ici. J’ai fait faire un remix par Bob Sinclar, célèbre Dj français, nous l’avons proposé à Arthur qui travaillait chez Fun Radio à l’époque et c’est comme cela que le son « 1er Gaou » a commencé à tourner en France.
J’étais directeur artistique jusqu’en 2006/2007, puis j’ai été contraint de créer mon propre label car la maison de disque déposa le bilan.
Mon label, basé en Angleterre, s’appelle « Obouo music». J’y ai produit Douk Saga, Dj Arafat, Fally Ipupa, entre autres.
Par la suite, arrive la rencontre avec Sébastien Gadjard. J’ai alors récupéré la chaîne de télé Be Black pour pouvoir créer Be Black Africa, Be Black Caraïbes et Be Black international que j’essaye d’exporter au niveau des États-Unis.

Quel état des lieux faites-vous de la musique ivoirienne depuis que vous êtes dans le business ?
À l’époque, la musique congolaise était numéro 1.
La musique ivoirienne a pris son envol en 2000 grâce au coupé décalé et a su s’imposer.
Nous devions maintenir notre positionnement mais certains artistes n’avaient pas compris qu’être artiste était un métier qui demandait d’être professionnalisé et qu’ils devaient faire des albums. Quand tu commençais à les produire, ils balançaient leurs titres sur internet gratuitement et, en tant que producteur, tu as du mal à suivre…
À un moment, j’ai donc été obligé de lever un peu le pied. Pendant ce temps, la musique nigériane a pris le dessus alors que l’on était pourtant bien parti. On dominait le coté francophone parce qu’on parlait français et notre style musical était un mélange entre la musique congolaise et antillaise qui plaisait un peu à tout le monde.
Quand tu es numéro 1, il faut savoir se maintenir, ne pas baisser sa garde et croire que tout est acquis. Il est vrai qu’aujourd’hui la musique ivoirienne n’a plus de producteurs assez professionnels pour pouvoir la faire évoluer. Nous sommes en stagnation.Je vais donc devoir y remettre du mien pour essayer de faire avancer les choses.

N’existe-t-il pas une nouvelle génération pour donner un nouveau souffle à la musique ivoirienne ?
Quand je vois les Kiff No Beat, les No-Size, je me dis que cette nouvelle génération peut créer de nouveaux mouvements, donner une nouvelle image et qu’ils peuvent peut-être apporter quelque chose de nouveau.
Il y a aussi Josey qui a une superbe voix.
Il suffit que cette nouvelle génération prenne ce métier au sérieux et qu’elle soit encadrée par des anciens ayant de l’expérience.
Aujourd’hui, je vois les grandes maisons de disque comme Sony, Universal et Island qui essayent de s’installer en Côte d’Ivoire. Ils viennent avec des fonds, mais il ne faut pas qu’ils pensent que la musique ivoirienne est comme la musique internationale. C’est une musique qu’il faut travailler en s’occupant des réalités ivoiriennes.

Aujourd’hui, vos efforts sont surtout concentrés sur la chaîne Be Black et sur le développement de votre jeune protégé, Héritier ?
Oui, tout à fait. Aujourd’hui, Be Black commence à devenir une très grande chaîne internationale. Son développement demande donc beaucoup de travail. En parallèle, je produis un nouvel artiste : Héritier Watanabe qui est en train d’émerger. Je l’appelle affectueusement « le nouveau prince de la rumba congolaise », car il apporte de la fraîcheur et du renouveau à la musique congolaise. J’essaye également de voir comment je pourrais relancer la musique ivoirienne car, comme je vous le disais, elle est en perte.

Vous qui êtes souvent à Abidjan, quels sont les endroits que vous conseilleriez à un touriste ?
Le Club, sur la rue des jardins qui est un endroit très sympathique à visiter, en fin de journée, pour prendre l’apéro. Il y a aussi le Toit, le Bushman Café et la Terrasse.
Le dimanche, on peut se balader à Yopougon, si on a envie d’écouter de la bonne musique ivoirienne, avec du zouglou et des orchestres qui s’y produisent en live.
Il y a aussi Assinie et la Baie des Sirènes, non loin. Pour moi, Abidjan c’est le Miami de l’Afrique francophone !

Si vous aviez un message direct à adresser à la diaspora ivoirienne qui va vous lire…
Leur demander de se mettre au travail, de ne pas se décourager, ne pas baisser les bras et que demain, eux aussi, peuvent devenir des « Macron ».

Votre slogan ?

“Souffrez d’accepter mon élégante fraîcheur.”

Si je vous dis le mot ROOTS, cela vous évoque quoi ?
Le terroir, la culture.
Aujourd’hui, avec l’évolution du temps et d’internet, on veut absolument tout moderniser rapidement mais il ne faut jamais oublier de conserver notre riche culture !

Édition : ROOTS n°19