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ADAMA “DAMSO” OUATTARA : Mauvais chic mauvais genre

Contrôle d’identité, s’il vous plaît ?
Adama Ouattara, j’ai 34 ans, j’habite dans le 17ème arrondissement de Paris depuis belle lurette, et je suis Ivoirien. Je fais plusieurs choses dans la vie, mais je me décrirais comme un professionnel du monde urbain : management, production, événementiel…

Tu es une personnalité reconnue dans le milieu ivoirien-parisien, mais tout le monde ne sait pas forcément ce que tu fais, car tu es un homme de l’ombre. Peux-tu nous en dire plus ?
J’ai monté une société qui s’appelle MCMG : Mauvais Chic / Mauvais Genre, en opposition à Bon Chic / Bon Genre. Nous sommes des gens qui avons appris sur le terrain, sans aucune formation scolaire. De base, je suis un responsable associatif, ce qui m’a permis de toucher à tout le reste, car à notre époque, on ne peut pas avoir une seule casquette. Cela fait 15 ans que je suis dans le milieu. J’ai commencé avec DJ Peet dont j’ai été le manager officiel afin d’en faire quelqu’un d’important dans ce business. L’idée était qu’il soit le DJ africain n°1, au niveau d’un Guetta ou Bob Sinclar. Nous avions créé, tous les mardis, l’Afro Hype au Garden pour mélanger toutes les musicalités africaines. Cet évènement regroupait toutes les diasporas que l’on connaît chez nous : de l’Afrique de l’Ouest jusqu’au Sud en passant par tout le reste, avec un public ciblé assez puriste et aux vibes très londoniennes. De ce fait, on a ramené lors de nos events des artistes tels que Dj Arafat ou encore Serge Beynaud. Ils étaient la cerise sur le gâteau de ces soirées que DJ Peet animait. Maintenant que la sauce a pris dans ce milieu, tout le monde fait cela, voilà pourquoi j’ai décidé de quitter le bateau après avoir poussé des artistes tels que MHD, Keblack et tant d’autres. Pour mi-Juillet, nous sortons la première compilation “AfroTrap Partie 1” avec notamment MHD, Aya Nakamura, Sidiki, Ugy, Arafat, Ferré… avec Universal Music, un projet d’une telle ampleur n’a jamais eu lieu avec les artistes de la nouvelle
génération !

Tes projets sont-ils centrés exclusivement sur la musique ou as-tu d’autres aspirations ?
Je veux créer une identité urbaine, une réelle référence, afin qu’un jeune qui commence à monter puisse se dire qu’il a la possibilité d’échanger avec des professionnels sans trop de difficultés. Parce que dans notre univers, aujourd’hui, on a trop de mal à créer ces liens alors qu’ils sont tous aussi essentiels que dans les autres milieux. L’Afro n’est pas encore suffisamment connu, il faut lui laisser le temps de prendre de l’ampleur. On veut devenir cet intermédiaire
entre le monde professionnel et l’urbain qui veut se professionnaliser.

Que prépares-tu pour cet été ?
Je reçois le jeudi soir dans un lieu qui s’appelle le Madison, ancien Libertalia. Sur le modèle de DJ Peet avec qui j’ai travaillé, j’ai créé un collectif de 8 autres DJs pour les faire monter de la même manière que lui. Ils sont de différentes origines, de différents univers musicaux et nous avons même une Dj femme. C’est EUX qui seront aux commandes le jeudi soir, avec une musicalité différente de ce qui est entendu aujourd’hui un peu partout dans Paris. Le but d’un Dj performant est de te faire découvrir de nouveaux titres et non pas d’enchaîner des hits que tout le monde peut avoir dans son Iphone.

Tu es considéré comme le « grand-frère » pour beaucoup, quel état des lieux fais-tu de cette génération ROOTS (20-35 ans) qui essaye d’entreprendre et créer des choses sur Paris ?
À la différence de la mienne, cette génération n’a pas peur et va vite. Entre autres, grâce à Internet. L’exemple d’un MHD de 22 ans qui est un vrai businessman, à son jeune âge, prouve que la vitesse a été décuplée !

C’est un spécial Côte d’Ivoire, quels sont les lieux où tu aimes être quand tu y retournes ?
Ça fait 10 ans que je vais au minimum 1 fois par an en Côte d’Ivoire et que je motive tout le monde à y aller, que ce soit parce que j’y ai investi, mais aussi parce que le pays en vaut le détour ! Nous y étions d’ailleurs en décembre pour les fêtes avec DSK, MHD, Fababy que j’ai poussé au maximum à revenir à ses racines, pour asseoir sa visibilité et son encrage ivoirien. Pour moi, qui suis un mec assez street, je citerais, dans un premier temps, Youpougon, capitale de la joie. C’est là où tout se concentre, le festif comme la jeunesse ! Ensuite, pour avoir habité à Cocody, je peux dire que c’est l’endroit d’Abidjan où je me sens le plus à ma place. Pas trop huppé, mais avec tout le confort exigé par ceux qui viennent de Paris. Je m’y sens chez moi et je pense que ce serait le cas pour tout Parisien. Il y a aussi le quartier français de Marcory, parfait pour pouvoir chiller comme il se doit. Et, bien sûr, qui peut aller en Côte d’Ivoire sans passer par Assinie et Bassam ? Quand je poste des photos d’Assinie sur les réseaux, certains de mes potes non-Ivoiriens pensent parfois que je suis au Mexique ou en Thaïlande, mais non, c’est bel et bien l’Afrique !

Si je te dis le mot ROOTS, qu’est-ce que ça t’évoque ?
ENFIN un magazine qui s’adapte à nous, qui respire comme nous. Ça nous colle, on s’y reconnaît. ROOTS, c’est nous, par nous, pour nous.

Édition : ROOTS n°19
Par Michael Kamdem