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PHARAON : Champagne au goût d’Afrique

Contrôle d’identité, s’il vous plaît ?
Je suis Gildas Icoungou, d’origine franco-africaine, entrepreneur et propriétaire d’une maison de champagne sous la marque Pharaon, depuis 5 ans. Auparavant, j’étais dans l’immobilier de standing.

Vous êtes passé de l’immobilier au champagne, deux mondes complètement différents… Comment avez-vous fait la transition ?
Ils ont un point en commun : la clientèle. Les clients à qui je vendais des biens en France étaient souvent de gros consommateurs de vins, même si ce n’est pas cela qui m’a fait passer de l’immobilier au champagne. J’étais un jeune fougueux qui aimait les belles choses, les belles voitures… Puis, un soir de nouvel an, j’ai eu un grave accident de voiture. Je suis resté plusieurs jours dans le coma, tout le monde pensait que j’allais y rester. À mon réveil, j’étais paralysé de pas mal de côtés, surtout mon genou gauche…
Je n’ai pas eu de grands dégâts physiques mais j’ai été en convalescence pendant de longs mois, à la campagne en Normandie. Puis, je suis parti à New York me refaire une santé chez ma famille. C’est là-bas, suite à certaines rencontres, que l’intérêt du business du vin effervescent m’est venu. Du coup, à mon retour en France, je me suis instruit sur l’œnologie et j’ai commencé à fréquenter des événements de dégustation, ce qui n’a fait qu’accroître ma curiosité. J’ai repris mon travail dans l’immobilier après ce temps de convalescence, mais je n’avais plus la même passion et motivation pour ce métier. J’ai alors décidé de faire une étude de marché sur l’industrie du champagne afin de saisir comment le domaine fonctionnait, les échanges, l’élaboration du produit, de la vigne jusqu’aux caves, etc.

Je me suis rendu compte que c’était un domaine passionnant qui pouvait être financièrement très intéressant. On parle d’un marché annuel d’environ 4,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires sur 400 millions de bouteilles produites en France. La plus grosse part de ce gâteau est détenue par le groupe LVMH. Beaucoup de personne me disaient : « ne te lance pas dedans, tu ne pourras pas lutter, c’est trop compliqué ». C’est un milieu très conservateur et certains craignaient que mes origines africaines ne me ferment des portes. J’ai rencontré un investisseur angolais à qui j’ai fait part de mon projet et nous nous sommes lancés ! Nous avons acheté des parts dans une maison de champagne. Pour être le plus crédible possible dans ce milieu aussi fermé, j’ai entrepris une formation d’œnologie. Je me savais attendu au tournant, n’ayant pas le profil type des barons du champagne, fleuron du terroir français. Je ne suis pas un héritier descendant d’une grande famille champenoise, il fallait mettre toutes les chances de mon côté pour convaincre le CIVC de m’octroyer la licence. Aujourd’hui, nous avons pris le contrôle d’un domaine qui a 2 siècles, l’une des plus vieilles maisons de France, et la transition avec la famille précédemment détentrice s’est faite en toute confiance.

Après cela, vous avez décidé de faire votre propre produit…
J’avais goûté pas mal de champagnes auparavant, et je trouvais qu’il manquait ce petit quelque chose. J’ai demandé à mes œnologues de créer un goût qui rappelait l’Afrique. Je voulais du soleil, de l’épice… Et c’est ainsi que l’identité gustative Pharaon est née.

Pourquoi ce nom : Pharaon ?
C’est un champagne haut de gamme, une maison qui a 2 siècles et qui est de qualité, donc nous cherchions un nom à la hauteur. Il nous fallait un nom qui renvoyait à l’inaccessible, au grandiose. C’est également un clin d’œil à l’Histoire car les gens ignorent souvent que le champagne existe depuis l’Egypte antique… Loin de moi l’idée de vouloir m’approprier une culture aujourd’hui considérée comme typiquement française, mais c’est juste un rappel à l’origine des choses.

Quel type de gammes proposez-vous ?
Nous avons un champagne brut et un blanc de blanc avec des prix oscillant entre 32 et 34 euros.

Quelles sont vos perspectives pour 2017 ?
Élargir nos distributeurs dans plus de pays. Nous sommes actuellement au Brésil et aspirons à nous déployer sur toute l’Amérique du Sud, ainsi que dans un maximum de pays stables en Afrique.

Si vous aviez un conseil d’entrepreneur à donner, en rapport à votre propre expérience, lequel serait-il ?
Allez au bout de vos idées et n’écoutez pas les gens médi-sants et pessimistes. Il faut toujours rester optimiste. Visua-lisez chaque étape. Quand vous commencez le projet, projetez vous sur 10 ans et franchissez les étapes une à une, grâce au travail et à la passion.

Comment vous positionneriez-vous par rapport à la concurrence ?
Nous avons participé à un concours organisé par le CIVC et l’association des oenologues de France en 2015, qui regroupait de grosses marques. Nous y étions juste pour tenter le coup, nous faire découvrir; et être sélectionnés était déjà une victoire. Quand les organisateurs nous ont proclamés vainqueur dans la rubrique « originalité du goût », le pari fut gagné. Les gens du métier nous ont reconnus comme étant un excellent champagne, et placés devant des marques qui sont là depuis des décennies.
Nous avons également pu être rassurés quant à l’attrait de notre marque Pharaon, lorsque nous avons été conviés au plus grand salon mondial de vin effervescent : Expropulse. Nous y avons rencontré des gens intéressés par notre marque, des gens qui faisaient du champagne en Afrique du Sud et au Brésil, parce qu’il n’y a pas qu’ici qu’on fait du champagne, c’est juste qu’ils ne peuvent pas avoir l’appellation car ils sont produits hors du territoire français.

Si je vous dis le mot “Roots”, cela vous évoque quoi ?
Je pense à la passion, la rue, le peuple, une culture venant de l’hémisphère sud malgré le fait que le mot soit anglais.

Édition : ROOTS n°18