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MALCOLM LUMBALA : Il transforme l’humidité en eau potable

Contrôle d’identité s’il vous plaît ?
Malcolm Lumbala, j’ai 25 ans. Je suis fondateur et directeur général de la société “The Pure Water Tech” basée à Londres. J’ai fait mes études de commerce en France, au Canada, en Angleterre et j’ai fini aux États-Unis. C’est grâce au basketball, que je faisais en parallèle à mes études, que j’ai pu voyager.

Ton entreprise développe une technologie révolutionnaire…
Nous avons une nouvelle technologie qui arrive à capturer l’humidité de l’air ambiant pour la transformer en eau potable. Nous avons une gamme de produits qui va de 20 à 20 000 litres d’eau potable par jour. Nous avons 5 distributeurs en Afrique mais nous travaillons aussi avec certains gouvernements africains pour proposer cette technologie qui va servir à aider la population.

N’ayant pas de cursus scientifique, comment as-tu eu l’idée de te lancer sur un tel produit ?
J’étais dans un appartement au Canada où il y avait beaucoup d’humidité et on m’a dit d’acheter un humidificateur. Au bout de 2 heures, la cuve était remplie de plus de 3 litres et toutes les 2 heures, je jetais au moins 3 litres d’eau. C’est à partir de là que tout a commencé. Je me suis dit que toute cette eau gaspillée pouvait sans doute être recyclée en eau potable. J’ai pris contact avec des ingénieurs, on a fait des recherches, développé le produit et on a dû le présenter à plusieurs ministères de la santé pour pouvoir obtenir les autorisations pour les exploitations, car il s’agit évidemment d’un secteur très contrôlé.

Du coup, l’eau que tu récupères est-il entièrement potable ?
Oui, l’eau que l’on récupère est entièrement potable. Il y a plu-sieurs filtres et des UV qui éliminent tout ce qui est pollution, on a vraiment un circuit très contrôlé. Il y a 5 étapes dans la machine pour réussir à avoir une eau 100% potable.

As-tu vocation à alimenter chaque foyer ?
On peut alimenter chaque foyer, mais pas uniquement. Nous pouvons alimenter en eau potable chaque bâtiment, chaque école, hôpital, parc public, il n’y a aucune limite. La seule condition est d’avoir de l’humidité et de la chaleur, c’est pour cela que nous sommes principalement basés en Afrique, c’est un continent qui réunit parfaitement ces 2 critères.

La machine est-elle électrique ?
Si vous avez la possibilité de la brancher, vous pouvez, sinon, on peut la jumeler avec un petit panneau solaire.

On assiste donc à une révolution totale dans l’industrie de l’eau …
Révolution totale oui, mais les grandes entreprises comme EDF connaissent ce système. Elles ne veulent simplement pas l’utiliser parce que ce n’est pas assez rentable.

Pourquoi, si ces entreprises considèrent que ce n’est pas assez rentable, cela le deviendrait-il avec toi ?
Les grandes entreprises, quand elles arrivent dans un pays africain, veulent tout refaire : les canalisations, les conduits… Ce sont des milliards et des milliards d’euros d’investissement !
Nous, on propose un produit haut de gamme aux gouvernements. Si c’est pour un hôpital, on peut donner 500 litres par jour, on a vraiment une gamme large, c’est pour cela que les gouvernements aiment notre produit, sans parler de notre prix très compétitif comparé aux grandes compagnies qui veulent vraiment s’installer dans le pays, faire d’énormes travaux et partir. Nous, on s’installe dans le pays et on continue parce qu’on fait aussi de la maintenance sur tous nos produits.

“ Pour un foyer, le prix d’achat de la machine est de 6000$. il n’y a plus d’autres frais, il faut uniquement changer les filtres 1 fois par an et cela revient à 60$. ”

Quel serait le budget alloué à un foyer pour l’alimenter en eau potable sur toute une année?
Le prix d’achat de la machine est de 6000$. il n’y a plus d’autres frais, il faut uniquement changer les filtres 1 fois par an et cela revient à 60$. C’est vraiment simple à remplacer, c’est pour cela qu’on a simplifié les formalités en terme de maintenance. Avec cela, un foyer pourra envisager, par jour, une consommation de 100 ou 200 litres.

Quelle est ta stratégie d’implantation sur l’Afrique ?
Soit on travaille avec un distributeur déjà établi sur les territoires, et qui va nous représenter, c’est-à-dire qu’il achète une licence auprès de nous, on lui vend nos produits puis il les re-vend; soit on travaille en direct avec les gouvernements, en présentant nos produits aux Ministères de la Santé. Avec mon équipe d’experts et mes ingénieurs, notre mission est de montrer qu’il existe désormais une nouvelle technologie idéale pour leur pays et qui coûte peu cher comparativement aux grandes compagnies. Pour les deals gouvernementaux, nous visons les hôpitaux, écoles et appartements sociaux. Nous avons déjà présenté le projet au Premier ministre de la Guinée équatoriale avec un retour très enthousiaste et sommes en discussion avec le Tchad. Nous avons également un distributeur au Cameroun et avons commencé à positionner nos pions au Nigéria,
Congo et Sénégal. En Afrique, les choses prennent du temps mais ça avance ! Prochain objectif : l’implantation au Ghana et en Afrique du Sud.

Comment es-tu passé de la phase de l’idée à la concrétisation du projet ?
J’ai démarré sur fonds propres avec 70 000€, c’était vraiment dur. J’avais des amis étudiants ingénieurs qui m’ont offert leurs services contre un petit peu d’argent. On a réussi à faire 2/3 prototypes qu’on a présentés et, à chaque fois, on s’améliorait jusqu’à avoir le produit final. Aujourd’hui, j’ai une usine en Chine avec mes propres employés. Là encore, ce fut le système D. Au départ, je n’avais même pas les fonds nécessaires pour tenir plus d’une année, mais heureusement j’ai réussi à obtenir des commandes dès le 1er mois et ainsi renflouer les caisses. Tout s’est donc passé au culot.

“ J’ai démarré sur fonds propres avec 70 000€, c’était vraiment dur […]Aujourd’hui, j’ai une usine en Chine avec mes propres employés. ”

Cela fait quoi d’être chef d’entreprise à 25 ans d’un projet aussi ambitieux ?
C’est dur, stressant, tu dors très peu, tu voyages beaucoup, tu as sans arrêt la boule au ventre. À 25 ans, lorsque tu discutes avec un Premier ministre, il te voit comme si tu étais son fils parce que le sien a le même âge et il ne te prend pas forcément au sérieux. Il faut vraiment prouver que le produit est viable et que toi aussi, tu es viable. Tu ne peux pas venir en bégayant ou en rigolant.

Si je te dis le mot “Roots”, cela t’évoque quoi ?
Le succès !

Édition : ROOTS n°18