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JAHLYSSA SEKMET, “Conscientisons nos enfants”

Contrôle d’identité s’il vous plaît ?
Jahlyssa Sekmet, je suis professeure des écoles depuis une quinzaine d’années, auteure et directrice de la maison d’édition Conscious education edition.

Revenons sur votre victoire en tant qu’ambassadrice Waouw 2016. Comment vous êtes-vous retrouvée dans cette aventure ?
C’est un concours extrêmement intéressant s’adressant aux femmes qui entreprennent et porteuses de projets. Il y avait plusieurs candidates dans des domaines variés : médical, culturel, artistique… Nous étions 16 et il y avait 2 étapes. La 1ère étape se déroulait sur les réseaux sociaux, la 2ème étape lors de la finale le jeudi 10 novembre au Carré Montparnasse, où il fallait se présenter en 3 minutes face à un jury de professionnels.
Mon projet fut celui de “Conscious education edition” spécialisé dans les supports et outils pédagogiques liés au monde noir. Cela s’adresse à tous : adolescents, adultes, éducateurs, professeurs, parents, enfants… Il y a beaucoup d’images, je travaille avec des illustrateurs et peintres de la diaspora. C’est une manière de faire rencontrer l’art et l’histoire.

Vous avez toujours été une femme « conscientisée » ?
Je me suis toujours posée énormément d’interrogations.
À l’adolescence, je suis entrée dans le mouvement rasta, ce qui m’a permis de découvrir des grandes figures comme Marcus Garvey ou Haile Selassie. Ce sont des personnages dont on n’entend jamais parler au sein de sa famille, ni à l’école ou au lycée. Il y a beaucoup de personnes afros qui peuvent arriver à l’âge de 18-20 ans en n’ayant jamais entendu parler de Marcus Garvey, ce que je trouve extrêmement problématique.
Ensuite, de par ma casquette d’enseignante, j’ai pu observer que l’enfant noir ne connaissait pas du tout son histoire. Au sein de l’Education nationale, il y a des enquêtes qui ont été faites sur l’enseignement de la traite négrière, et pour tous les enfants : esclave=noir. Si cela revient tout le temps, c’est qu’on ne leur a pas bien expliqué les choses. Autre constat terrible: tous les enfants noirs, sans aucune exception, se posent la question suivante : « Pourquoi ces enfants noirs ne se révoltaient pas ? ». Cela montre encore qu’ils ne connaissent pas leur Histoire et qu’ils n’ont pas saisi qu’à cette époque il y a eu de grands hommes qui se sont battus. Mon projet s’est donc articulé autour de ce manque total au niveau historique qui n’était ni comblé par la famille ni par l’Education nationale.

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Avez-vous essayé d’intervenir directement auprès de l’Education nationale ?
Nous avons envoyé des courriers… Restés sans réponse.

Sur quelles sources vous appuyez-vous ?
Après mon implication dans le mouvement rasta, j’ai commencé à lire les ouvrages de Cheikh Anta Diop. J’ai pris de nombreux cours auprès de Théophile Obenga, Gomez, Mbelek… En démarrant ma carrière d’enseignante, j’ai eu la naissance de ma fille. En grandissant, elle a commencé à me poser des questions et je ne trouvais pas d’ouvrages adéquats pour lui répondre et qui correspondaient à une enfant, d’où mon déclic.

“ Il y a des enquêtes qui ont été faites sur l’enseignement de la traite négrière, et pour tous les enfants : esclave = noir. ”

Comment sont articulés vos cursus ?
Ce sont des thématiques ponctuelles. Par exemple, récemment, je suis intervenue sur le thème des inventeurs noirs.
J’anime des ateliers « afrodia », qui sont des ateliers d’Histoire pour enfants et adolescents.
Pour les enfants, on s’appuie surtout sur l’image et la représentation, d’où la collaboration avec des artistes illustrateurs. Pour les adolescents, c’est extrêmement intéressant car on part de ce qu’ils ont déjà appris et emmagasiné comme connaissances ou clichés. Ensuite, on théorise à partir d’éléments beaucoup plus rigoureux et scolaires. C’est vraiment très instructif de voir la représentation des jeunes ados afros sur eux-mêmes.

Alors justement, si vous deviez faire un état des lieux …
Ce n’est pas du tout réjouissant. Je donne l’exemple de ma fille qui a 17 ans. Ils sont à un âge où ils ont leurs premiers flirts et la fille noire est toujours celle qui est choisie en dernier. Au début de la chaine d’attractivité, il y a la femme blanche et la femme métissée ou maghrébine. Plus tu es foncée dans la carnation, plus tu arriveras en queue de peloton. Quand vous avez des adolescentes qui vous le disent, je peux vous assurer que cela fait très mal.
Cela relève d’un long processus de mal-être identitaire. On peut s’en rendre compte même aux Antilles, avec notamment les « chabines » et celles à la peau claire qui seront toujours considérées comme les plus jolies. C’est pour cela que c’est important de faire ce travail de conscientisation auprès des jeunes, car vous avez des filles qui peuvent grandir avec ce sentiment d’infériorité ou avec des problèmes psychologiques extrêmement importants.

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Quelles sont vos perspectives en tant qu’ambassadrice Waouw pour 2017 ?
Être l’ambassadrice WAOUW 2016-2017 m’offre d’énormes opportunités pour réaliser de manière optimale mes projets.
Un voyage en Afrique offert par le comité WAOUW au début du trimestre 2017, me permettra de faire des ateliers d’information et de sensibilisation sur l’histoire des noirs.
La campagne médiatique organisée par l’équipe de Ubiznews TV me permet déjà de bénéficier d’un bon portefeuille relationnel, d’une importante visibilité et de communiquer sur l’exposition que je prévois en 2017, et dont l’objectif est de créer des passerelles entre l’histoire et le monde de l’art.
Au sein du club WAOUW que nous formons avec les autres ambassadrices, nous proposons des ateliers de formation… j’invite d’ailleurs toutes les femmes désireuses d’expertise dans différents domaines à nous rejoindre sur la plateforme : waouwtv.com.

Si je vous dis le mot “Roots”, cela vous évoque quoi ?
Honneur et respect aux ancêtres. Je pense aux racines mais aussi à la music reggae.