LIONEL ZINSOU : Retour sur le forum Africa France 2016

Rencontre avec le financier et ex-candidat à la présidentielle au Bénin : Lionel Zinsou, lors du forum Africa 2016 qui se tenait au Palais d’Iéna les 22 et 23 septembre 2016.

Quelle est votre analyse de la situation économique de la France en Afrique ? 

La France a une relation croissante avec l’Afrique, chaque année un peu plus. Quand vous progressez dans vos échanges, comme en 2015, de 4%, et que l’Afrique progresse en important 10% de plus que l’année précédente, vous progressez mais vous perdez de la part de marché, voilà le problème. Ce n’est pas un recul, tout cela est dynamique mais en termes d’importation et d’exportation, la France depuis une vingtaine d’années ne va pas à la vitesse de l’Afrique. Notamment parce qu’il a fallu passer un temps fou à persuader les décideurs français que l’Afrique allait à toute vitesse. Parce que l’image d’une Afrique qui ne se sort pas de ses problèmes de sous-développement était incroyablement forte dans toute l’Europe, ce qui n’était pas du tout un sentiment partagé par les Brésiliens, les Chinois, les Indiens, les Coréens, les Turcs…Qui étant beaucoup plus « neufs » en Afrique, ont réellement pris la mesure de la dynamique africaine.

Pour l’Europe, il a fallu – et c’est ce que l’on appelle l’afro-optimisme – faire un lobbying permanent pour leur dire : «regardez les chiffres, oubliez les titres des journaux qui sont complètement faux, oubliez les préjugés, oubliez les clichés». Et cela commence seulement maintenant à fonctionner. On a donc une dynamique qui s’accroît et en investissements, la France a multiplié par 7 les flux annuels vers l’Afrique depuis l’an 2000.

Il faut faire très attention lorsque l’on regarde la France en Afrique, du fait qu’il ne faut pas regarder que les exportations et les importations. La France est le pays qui a le plus d’entreprises installées en Afrique, qui investissent non pas pour s’établir mais pour se développer en Afrique. La France a des brasseries, des activités pétrolières, des activités de distribution, des activités de mécanique, des activités d’automobile, de fabrication d’Airbus, de moteurs d’avion… Le niveau d’implantation est extraordinaire.

Donc, en se contentant de regarder exportation/importation, on se dit que la France recule, mais on ne voit pas qu’en termes d’investissement et de création d’emplois, la France est l’un des pays les plus dynamiques sur le continent. On peut décider de raisonner avec des clichés : « la France recule, la Chine avance, etc », mais ce sont des clichés ; ou alors on réfléchit sur ce qui se passe vraiment. On peut faire beaucoup mieux à l’export, et aller encore plus vite sur l’investissement, mais pour l’instant il y a une réelle dynamique qui s’est recréée.

La fondation Africa France, on serait tenté de dire : « un machin de plus ». Que seriez-vous tenter de répondre à ceux qui pensent ainsi ?

Je vois que vous êtes plein de bienveillance dans votre question (rires). Après le déclin français, nous créons des «machins» (rires) !

C’est une fondation d’entreprise, avec des cotisations d’entreprises avec des entreprises françaises et africaines, qui se parlent, se réunissent, et c’est une bonne chose. Les entreprises font ce qu’elles veulent. Si les entreprises françaises et africaines veulent se voir, on les encourage, on leur fournit un cadre, on organise et ceux qui pensent que c’est un machin peuvent rester chez eux.

Vous revenez à vos premiers amours : banquier d’affaires. La politique est une parenthèse refermée ?

Non pas du tout. Être président de cette fondation est une démarche citoyenne et bénévole. La politique n’est pas un métier, je vais ré exercer le mien qui est celui de financier, et je suis également président de trois fondations. La politique a un tempo,

il y a des moments où il faut être présent sur la scène. On n’abandonne jamais ses électeurs, par conséquent, une parenthèse ça s’ouvre et ça se ferme.

Les 6 premiers mois de Patrice Talon vous ont convaincu ?

Je pense qu’il faut attendre 1 ou 2 ans pour voir des résultats. Ma position est différente, elle n’est pas de savoir si je suis convaincu ou non, mais le Bénin ne peut pas se payer le luxe de 5 ans sans résultat. Donc en matière économique, en matière sociale, il faut qu’il soit bien clair que lorsque lorsque le président Talon engagera la parole du Bénin sur des projets, cela va durer 10-15 ans parce qu’il y aura eu un consensus… Et je serai un acteur de ce consensus.

Par Afrikatv

Édition : ROOTS n°17